A Vevey, la classe politique se divise autour d’un projet de parking

Quotidien “La Liberté” du mercredi 7 janvier 2009

Mobilité – Le municipal de l’urbanisme, Jérôme Christen, rompt la collégialité et demande à l’exécutif de retirer son projet de parking souterrain au centre-ville.

Michaël Rodriguez

Vevey, sa place du Marché ouverte sur le lac mais noyée sous une mer de voitures, son artère principale régulièrement engorgée par la circulation… Pour donner une autre physionomie à la ville, la majorité socialiste de la municipalité (exécutif) espérait beaucoup de son idée de parking sous la place du Marché, devisé à 16 millions de francs. De 440 places actuellement, la capacité de stationnement passerait à 340, dont 280 en souterrain. Mais aujourd’hui, plutôt que les voitures, c’est le projet qui semble en voie d’être enterré.

“Niet” des commissions

Alors que le législatif communal doit voter dans deux semaines, la commission chargée du dossier s’est prononcée majoritairement contre le parking souterrain, de même d’ailleurs que la commission des finances. Le responsable de l’urbanisme veveysan, Jérôme Christen, a enfoncé le clou hier en demandant à ses collègues de l’exécutif de retirer le projet. Dans une prise de position publiée sur le site internet de sa formation politique, Vevey libre, l’ancien radical estime que c’est la seule solution pour éviter que la municipalité ne “fonce dans le mur”.

“Ce projet est d’un autre temps et aurait des conséquences désastreuses, puisqu’il constituerait un acte irréversible altérant la valeur patrimoniale de la place et valorisant le transport individuel au détriment d’une mobilité plus douce au centre-ville, cela pour un coût exorbitant”, écrit Jérôme Christen. Les dirigeants de Vevey libre ont développé ce point de vue hier en conférence de presse, mais sans leur municipal.

La rupture de collégialité de Jérôme Christen n’est, sur le fond, pas une surprise: l’homme avait déjà affiché son opposition au parking lors de son entrée à l’exécutif, en 2006. En revanche, qu’elle intervienne avant de savoir si la demande de retrait du projet est acceptée, provoque une certaine perplexité. “Le plus simple aurait été qu’il attende la séance de municipalité de jeudi”, lance le syndic Laurent Ballif, qui refuse de retirer le projet. “C’est un dossier sur lequel je me suis heurté à un mur, se justifie Jérôme Christen. J’ai fait une proposition de consensus à la municipalité, mais elle l’a rejetée. Je ne veux pas, sur ce dossier, couler avec la municipalité.”

Au-delà du contexte local, la controverse illustre le caractère sensible de la politique du stationnement. Levier essentiel de la gestion de la mobilité, elle se retrouve souvent bloquée faute de parvenir à conjuguer des besoins contradictoires. Les préoccupations écologiques, mais aussi les revendications d’une partie de la population pour se réapproprier l’espace urbain, ont rendu caduque la conception du “tout à l’automobile”. En revanche, les mesures contraignantes de réduction du trafic motorisé se heurtent à des intérêts économiques.

Partis divisés

On retrouve ce clivage, avec toute une palette de nuances, dans la bataille veveysane. Certains, à droite, aimeraient un parking souterrain encore plus grand à la place du Marché, qui conserve la capacité actuelle. D’autres, comme la formation de gauche Alternatives, veulent au contraire réduire plus drastiquement l’offre de stationnement en ville et critiquent l’emplacement du parking souterrain, jugé trop au centre.

Sur ce dernier point, Vevey libre est du même avis, mais la formation de Jérôme Christen ne veut pas entendre parler d’une quelconque réduction de l’offre de stationnement au centre-ville tant que des mesures compensatoires n’auront pas été prises (construction d’un parking derrière la gare, développement des transports publics).

Quant à la majorité des socialistes, ils estiment qu’une réduction trop importante du stationnement sur la place du Marché tuerait la Vieille-Ville, ce “centre commercial à ciel ouvert” selon l’expression de Laurent Ballif. Mais même au sein du parti à la rose, les fronts sont divisés. Les quatre représentants socialistes dans la commission chargée du dossier ont en effet opté pour trois scenarii différents… Les débats au parlement communal pourraient bien tourner à la cacophonie!

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