Discours prononcés à l’occasion des promotions scolaires des 2-3 juillet 2009

Discours prononcé le 2 juillet 2009 aux enseignants

Mesdames et Messieurs,

Bonne nouvelle pour vous et pour moi, j’ai décidé cette année de faire un discours plus court au personnel enseignant et un peu plus long demain lors des promotions. J’ai en effet enfin compris que le niveau d’attention des enseignants était plus faible que celui des élèves.

Cela tient probablement au fait que les élèves se font encore des illusions au sujet de l’intérêt des grandes déclarations politiques, ce qui n’est plus le cas des enseignants depuis longtemps.

Mais il me paraît pourtant essentiel de vous remercier pour tout le travail que vous effectuez année après année pour instruire les jeunes veveysans et veveysannes. Plus les années passent et plus j’ai conscience de la difficulté de votre tâche au fur et à mesure que mes propres enfants grandissent et des difficultés auxquelles nous sommes tous confrontés face, à ce que qu’il convient d’appeler avec évidemment beaucoup d’affection, des têtes de mule, comme me qualifiaient d’ailleurs mes parents dans ma jeunesse.

Cette soirée est l’occasion de passer en revue quelques événements qui ont marqué l’école vaudoise au cours de l’année écoulée et de les commenter avec un peu de recul. Je disais l’an dernier que s’il était compréhensible que l’école vive avec son temps, s’adapte constamment pour mettre en application les nouvelles méthodes pédagogiques, qu’il était aussi nécessaire d’avoir une stabilité et de ne pas chambouler régulièrement notre système scolaire. On peut dire que de cette année écoulée aura été calme et sereine.

Reste que cette accalmie risque d’être courte durée: l’an prochain, l’initiative “Ecole 2010 – Sauver l’Ecole” devra être soumise au peuple simultanément au contre-projet sous la forme de refonte complète de la Loi scolaire, chantier qui a été ouvert en décembre dernier et qui est coordonné avec les mesures résultant de l’accord intercantonal d’harmonisation scolaire Harmos.

Mais il faut être conscient que pour aboutir à un nouveau projet d’école, il faudra bien sortir des éternels clivages idéologiques et cela n’est de loin pas gagné. La Loi scolaire actuelle date aujourd’hui de 25 ans, une époque où l’informatique en était à ses balbutiements et que son usage à des fins privés n’existait pas. Une époque où la principale activité économique était industrielle, alors qu’aujourd’hui c’est le secteur tertiaire. Si l’école doit encore évoluer ce n’est certainement pas en revenant à un modèle obsolète souhaité par les auteurs de l’initiative Ecole 2010.

Le corps enseignant – qui ne souhaite d’ailleurs revenir à l’âge de la pierre – ne mérite pas cela. Pour contenir la facture scolaire, il a sacrifié – certes malgré lui – son revenu au profit de l’augmentation indispensable du nombre de postes. Sa liberté pédagogique a été limitée dès lors qu’on lui a imposé des brochures et livres scolaires en même temps que des nouvelles méthodes lui ont été imposées sans que l’on ne tienne compte de son point de vue. Dans le cadre de la refonte de la Loi scolaire, il ne faudra pas oublier que l’enseignant est une pièce maîtresse du dispositif pédagogique et qu’il serait bon de lui redonner la considération qui devrait lui être due.

J’aimerais terminer par une note d’humour faisant un constat quand à la politique menée ces dernières années par la Conseillère d’Etat Anne-Catherine Lyon. Je pense là à la parabole de la grenouille:

Une grenouille plongée dans l’eau bouillante saute pour s’en échapper. C’est logique, elle veut sauver sa peau.

Imaginez maintenant une marmite remplie d’eau froide dans laquelle nage tranquillement une grenouille. Le feu est allumé sous la marmite. L’eau se chauffe doucement. Elle est bientôt tiède. La grenouille trouve cela plutôt agréable et continue de nager. La température commence à grimper. L’eau est chaude. C’est un peu plus que n’apprécie la grenouille; ça la fatigue un peu mais elle ne s’affole pas pour autant. L’eau est maintenant vraiment chaude. La grenouille commence à trouver cela désagréable, mais elle est aussi affaiblie, alors elle supporte et ne fait rien. La température de l’eau va ainsi monter jusqu’au moment où la grenouille va tout simplement finir par cuire et mourir, sans jamais s’être extraite de la marmite.

Cette expérience peu recommandable est riche d’enseignements. Elle montre que lorsqu’un changement s’effectue de manière suffisamment lente, il échappe à la conscience et ne suscite la plupart du temps pas de réaction, pas d’opposition, pas de révolte.

Voilà maintenant quelques années que le DFJC a abandonné toute idée de réforme brutale, mais agit uniquement par petites touches.

Faites attention, car la température monte dangereusement dans les écoles…

Pour terminer, j’aimerais remercier tout le travail accompli par le service de l’Education qui fort heureusement ne suscite que peu de souci à votre serviteur et remercier également son chef de service M. Bays, ainsi que les directeurs M. Gavillet et Overney grâce à qui nous avons pu mettre sur pied le Conseil d’établissement qui cherche encore ses marques, mais qui je j’espère réussira à faire rapidement des propositions concrètes.

Je vous remercie de votre attention et vous souhaite de belles vacances!

Discours prononcé le 3 juillet 2009 aux élèves, leurs parents et invités

Chers élèves, parents, enseignants et invités,

Le traditionnel discours des promotions est l’occasion d’adresser un message aux élèves, puisque j’ai déjà eu l’occasion hier soir de remercier les enseignants de toute  l’énergie qu’ils mettent à remplir une mission difficile.

Tout d’abord j’aimerais vous féliciter pour les certificats et prix que vous avez obtenus et qui sont – je n’en doute pas – le fruit d’un travail et d’efforts de longue haleine.

Vous allez soit rentrer dans la vie active, soit  poursuivre votre cursus scolaire, mais vous allez forcément évoluer dans un contexte moins rigide que celui que vous avez connu à l’école obligatoire, mais cela entraîne de nouvelles responsabilités.

Votre réussite résidera dans votre capacité à voir les cotés positifs en toutes circonstances, à être curieux, à ses poser des questions, à se donner les moyens d’y répondre, à cherche à comprendre, à connaître, à savoir, à faire preuve d’initiative et de créativité. D’une manière générale, à se perfectionner.

J’aimerais cette année vous soumettre quelques réflexions et questions inspirées d’une enquête de Marc-Olivier Bhrerer journaliste à l’hebdomadaire français Le Courrier International, à propos d’intégration des étrangers.

Quelle voie faut-il choisir? L’assimilation à la Française ou le multiculturalisme à l’anglaise? Un débat complexe, périlleux, mais qu’il me semble nécessaire d’aborder pour contribuer à éviter des dérives.

En Australie par exemple, il y a deux ans, la Fête nationale a été source d’une polémique lorsque l’organisateur d’un concert rock a demandé aux spectateurs de ne pas amener des drapeaux australiens, devenus selon lui un symbole raciste. Les réactions n’ont pas tardé, certains dénonçant une tyrannie de la tolérance qui dénigre les symboles nationaux.

La tolérance de pratiques culturelles minoritaires a été qualifiée par certains de laxiste et dangereuse.  On reproche aux migrants de ne pas adhérer suffisamment aux valeurs démocratiques. Le ministère de l’immigration et des affaires multiculturelles est devenu ministère de l’immigration et de la citoyenneté afin de renforcer l’unité du pays.

Plus près de chez nous, à Londres, les immigrants sont invités à participer à l’unité du pays, à non seulement respecter les lois mais aussi à étudier Voltaire, pourfendeur du fanatisme religieux.

Au Canada, le petit village d’Hérouxville, village de 1300 habitants qui ne compte pas un seul immigrant à adopté récemment une charte qui définit “ses normes de vie”. Le texte sert à informer les immigrants qui voudraient s’y installer, à les informer, du mode de vie québécois. Il stipule que les hommes et les femmes ont la même valeur. Qu’une femme peut conduire une voiture, voter librement, signer des chèques, danser, décider par elle-même.

Le rêve du multiculturalisme du 20e siècle est devenu un casse-tête pour le multiculturalisme. Notre pays n’y échappe pas.

La non-participation d’enfants immigrés à des activités scolaires ou parascolaires, telles que la gym, la  natation, les camps, la question de l’excision et du port du voile, sont autant de signes de non-intégration qui pourraient conduire nos concitoyens à remettre en question notre société multiculturelle. On en perçoit d’ailleurs les signes avec des attitudes concrètes d’intolérance telles que l’initiative populaire visant à interdire les minarets et avec des réactions toujours plus hostiles à la communauté musulmane. Plus que jamais, il est nécessaire que chacun fasse des pas dans la direction de l’autre.

Nous nous devons toutefois pas oublier que contrairement à ce que d’aucuns prétendent, quitter son pays n’est pas une chose facile. Il faut du courage et de la force, le plus souvent c’est la force du désespoir, mais aussi la force de vouloir reconstruire quelque chose ailleurs. Ceux qui s’exilent laissent le plus souvent tout derrière eux, tout ce qui avait fait leur vie, leur maison, leurs amis, leur culture et leurs repères.

Il ne s’agit pas d’une décision facile prise pour de simples motifs économiques, il s’agit le plus souvent d’une question de survie et de dignité. Arrivés dans notre pays, les migrants doivent tout reconstruire dans une langue qu’ils ne connaissent pas et des habitudes qu’ils ne comprennent pas.

La valeur d’une société se mesure à ce qu’elle est capable de faire pour les plus dépourvus d’entre nous autant sur le plan moral que matériel. Vous représentez les générations futures et vous avez un rôle clé à jouer pour que ces migrants puissent trouver plus facilement leur place dans la société. Vous pouvez favoriser les contacts, les échanges et des moments de partage.

Cela ne se fait pas tout seul, cela vous demande un effort, la volonté d’aller vers l’autre, pour contribuer à construire notre avenir commun.

Les migrants ne peuvent vivre paisiblement dans notre pays que s’ils s’y intègrent, que si ils peuvent peu à peu s’y reconnaître et s’y identifier. Notre avenir, celui de notre pays, dépendra, de mon point de vue, dans sa capacité à apporter des réponses non seulement à des défis démographiques, sociaux et environnementaux, mais aussi de sa capacité à favoriser le dialogue entre les cultures.

Dans ce domaine, il faut accepter que  la société soit en recherche permanente. La multiculturalité est une recherche d’équilibre, un lieu de tensions; il n’y a pas de solution pérenne: il faut au contraire sans cesse confronter des points de vues afin d’arriver à des solutions créatives.

Au nom de la Municipalité, je vous souhait une belle journée, un bel été, et tous mes vœux de succès pour la suite de votre carrière.

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