Plafond d’endettement et parking sous la Place du Marché

Intervention Francis Baud au point 12 de l’ordre du jour de la séance du 7 décembre 2006 du Conseil communal.

Monsieur le Président, chers collègues,

Nous nous trouvons ce soir devant une nouvelle attribution du Conseil communal, suite à une décision du Grand Conseil, attribution dont nous n’avons pas l’expérience mais dont nous devons mesurer la portée. N’oublions pas que le plafond de l’endettement donne le cadre financier d’un plan des investissements. Il y a donc un lien direct et concret entre ces deux documents, qu’on le veuille ou pas. Cette démarche est nouvelle et nous renvoie à nos responsabilités de Conseillères et Conseillers communaux. Même si l’actuelle Municipalité, apparemment dans sa majorité, estime que vouloir créer un lien entre l’un et l’autre document relève d’un détournement de procédure. Ce qui est évidemment complètement faux.

Le plan des investissements n’est certes pas de notre compétence et nous n’avons qu’à en prendre acte, ce qui se produira du reste d’une manière très anodine sous point 13 à l’ordre du jour de ce soir. Mais, chers collègues, voilà que ce même plan des investissements aboutit pourtant à un montant total des investissements prévus pour la législature, montant qui est ensuite réduit des marges d’autofinancement estimées, pour arriver en fin de compte aux besoins en endettements supplémentaires, objet justement du préavis qui nous occupe à cet instant même, et qui demande CHF 37,5 mio de plus de ce dont dispose la Municipalité actuellement. Et là nous devons statuer. J’avoue que c’est anachronique de devoir statuer sur l’un mais ne pouvant que prendre acte de l’autre. Mais voilà, c’est comme cela.

Ainsi donc, en agissant sur ce plafond de l’endettement, obtenons-nous la possibilité de porter un jugement sur le plan des investissements et, accessoirement de communiquer ce jugement. Sinon pourquoi statuer sur un plafond d’endettement? Je vous invite à ne pas manquer l’occasion qui nous est donnée ce soir une seule et unique fois durant toute cette législature.

Reprenons point par point:

La fin de la dernière législature a donné lieu à un remboursement de dettes de CHF 20 mio. et nous a conduit à un endettement qui est actuellement de CHF 113.5 mio.

La nouvelle Municipalité nous propose maintenant un plan des investissements qui correspond à une multiplication du rythme des investissements annuel fois 5. C’est considérable. Nous savons que cela n’est contraignant pour personne, puisque ce n’est qu’une certaine vue de l’esprit, un signal ou ce que notre syndic appelle un crédo qui n’engage personne. Mais cela reste tout de même un crédo très clair: la Municipalité claironne: fonçons en avant toutes.

Je conçois certes que nous avons pris du retard dans tous les travaux d’entretien de notre Ville et qu’il faille y mettre en quelque sorte le turbot. D’autant qu’il semblerait que nos excédents entre les charges et les revenus courants annuels futurs soient confortables et nous permettent d’y procéder sans forcément augmenter notre dette.

Sauf si l’on s’attaque aux Tours de Gilamont: là déjà on dépasse les possibilités de financer leur remise en état par ce que nous appelons dans notre jargon la “trésorerie courante”. Il faut ajouter maintenant CHF 17.5 mio. à la dette actuelle. Bon, admettons le principe que cet investissement de réfection lourde puisse être considéré comme productif et que le service de cette nouvelle dette soit assuré par l’encaissement des loyers. Bien que cela attend à être prouvé.

Ainsi peut-on admettre l’idée d’autoriser un endettement supplémentaire de CHF 17,5 mio. afin que le programme d’investissement de base de remise en état puisse être réalisé complètement et remettre en quelque sorte la Ville de Vevey à flot.

Ce qui donne un plafond de CHF 131 mio. (les 113,5 actuels + 17.5 nouveaux) arrondis pour la circonstance à CHF 135 mio. par la COFI.

Mais voilà qu’on y ajoute une cerise sur la coupe: le parking sur la place du marché. CHF 18 mio. sans parler des dépassements inévitables auxquels nous aurons fatalement droit et au manque à gagner durant le chantier.

Ce qui nous autorise, si vous le permettez, de parler maintenant d’un plan des investissements pharaonique. Et pourquoi?

Cet objet du plan des investissements qui est la goutte qui fait déborder le vase porte un nom: Le parking de la Place du Marché, un projet pourtant de plus en plus contesté. Et pour cause. Dépenser CHF 18 mio, voir plus, dans un projet de 280 places de parc souterraines, alors qu’il y en a actuellement 443 en surface, une mort certaine de la gratuité de parcage la nuit et le dimanche pour les riverains et les touristes, une perte annuelle de plus de CHF 1 mio. pour la durée du chantier, une implantation hors d’une vision d’évaluation globale en terme de parcage et de circulation de tout le sud de la Ville, projet aboutissant à un coût par place de parc qui dépasse toute possibilité de rendre ce parking un jour financièrement productif, qui va donc perdre de l’argent, un chantier qui va durer presque deux ans et paralyser l’actuel fonctionnement de notre place du Marché, et, finalement, le plus important, un projet qui n’a aucune urgence. Notre place du Marché va très bien comme cela, pour l’instant. Il y a certainement maintenant d’autres priorités.

Mais voilà que l’on nous dit qu’il faut absolument donner la parole au peuple et que cela n’est possible que si l’on va de l’avant. Ce qui signifie engager toute la procédure jusqu’au préavis à présenter au Conseil communal! Et là encore va-t-il falloir dépenser au minimum CHF 150’000.– en frais d’études et de conception. Est-ce vraiment intelligent?

On entend aussi dire que la Ville a d’ores et déjà dépensé quelques centaines de milliers de CHF pour des travaux de sondages et que le peuple a le droit de savoir ce que ces sondages ont donnés. Alors oui, d’accord: mais les résultats du sondage seront toujours valables dans 5, 10 ou 20 ans.

Et puis c’est quoi “aller devant le peuple”? Pour poser quelle question? Va-t-on imaginer le genre “Voulez-vous diminuer les possibilités de parcage en claquant approchant CHF 20 mio.”? Je vous le demande.

Notre service de l’Urbanisme et des Constructions aura déjà assez de mal à absorber le nouveau rythme qui lui sera imposé, sans ce parking de la place du marché, dont ni l’utilité et, à défaut, ni l’urgence est démontrée.

La Municipalité nous a donné un signal ou si vous préférez, un crédo.. Il s’appelle “en avant toute”. Profitons de cette occasion unique qui nous est donnée ce soir pour répondre par notre crédo à nous qui engage la Municipalité autant que le leur nous engage: “EH OH, qui va piano va sano!”.

Qu’il n’en déplaise à la Municipalité, je vous propose, chers collègues de voter l’amendement de la Commission des finances qui a abouti aux mêmes conclusions que nous, tous partis confondus. Plafond à CHF 135 mio. et ce avec une arrière-pensée très sérieuse: Pas de Parking sur la place du marché, du moins pas durant cette législature. Espérons que la Municipalité en prendra acte et évitera ainsi les déboires d’il y a 2 ans avec le projet Constantin du Château de l’Aile de triste mémoire.