8 août 2026

Crise politique à Vevey: la Municipalité doit être plus transparente

Le  quotidien Le Temps s’est penché sur la crise politique que traverse la ville de Vevey et relève à juste titre que l’équipe municipale en place est pris dans une tourmente qu’elle a énormément de peine à gérer. La Municipalité agit comme si elle était seule à décider et que le Conseil communal était une chambre d’enregistrement. Elle oublie aussi que le municipal PLR n’étant que très rarement suivi par ses troupes, elle n’a plus de majorité au sein du Conseil communal.

Le syndic Laurent Ballif qui avait bien dirigé sa ville la législature précédente se révèle moins bon capitaine de mauvais temps. Il explique  « qu’avec trois néophytes, l’apprentissage des subtilités de la fonction ne va pas de soi. Cette municipalité est plus difficile à gérer que la précédente, composée de politiciens expérimentés.» Ce n’est pas une surprise : le syndic a tout fait pour créer le maximum de vide autour de lui.

Laurent Ballif certes raison lorsqu’il dédramatise la situation financière au bilan de la ville. Le patrimoine immobilier couvre largement la dette. Cette dernière s’explique d’ailleurs par de gros investissements ces six dernières années constitués essentiellement de travaux d’entretien différé devenus indispensables. Ces reports de dépenses dataient de plusieurs années et ont été aggravés par une municipalité libérale-radicale qui, de 2002 à 2006 n’avait réalisé quasiment aucun investissement laissant ainsi une autre forme de dette que la dette financière aux générations futures. Ceci explique que la date soit passée de 90 millions à 160 millions en sept ans. Il a fallu rattraper le retard. La remise en état du bâtiment de l’Oriental est un cas notoire. Ce bâtiment partait à vau-l’eau et sa démolition aurait été un non-sens économique en raison de la perte d’importants droits à bâtir.

Le syndic évite toutefois de parler du problème le plus préoccupant : un budget déficitaire et une marge d’autofinancement (moyens à dispositions pour financer les investissements) trop faible. En période de disette, Vevey doit impérativement contenir ses charges de fonctionnement, mais, de ce point de vue, la Municipalité n’arrive pas à faire des choix.

Le Temps rappelle qu‘en 2011, les élus bourgeois avaient quitté les bancs du parlement. Cela n’avait pas empêché l’adoption du budget par la gauche. La droite avait en effet pris en otage les élus Vevey Libre qui n’avaient plus d’autre choix que de faire capoter le budget sans avoir au moins tenté de l’améliorer ou se retrouver à devoir subir la volonté de la gauche. Finalement, un consensus entre le centre et la gauche avait permis de trouver un compromis pour éviter l’échec, mais dans l’aventure, un million d’économies qui avaient été négociés entre la droite et le centre avaient été perdus par cette réaction puérile qui avait consisté à quitter la salle.

Cette situation – rattrapée sur le fil du rasoir – constituait un coup de semonce à la Municipalité de gauche qui sait que Vevey Libre fait depuis longtemps de la transparence un de ses chevaux de bataille. Dès lors, en refusant de transmettre à la commission des finances une expertise qui a analysé 1500 tâches communales,  la Municipalité s’aliénait un allié susceptible d’accepter son budget. Il s’agit d’un avertissement que la Municipalité ferait bien d’entendre si elle ne veut pas aller au-devant de nouvelles déconvenues.

Face à la fronde qui réclame davantage de transparence, le syndic dit au «Temps » qu’il est prêt à donner des informations sans pour autant livrer la totalité du rapport: «Nous ne voulons pas faire de la cogestion ni laisser la droite nous dicter le budget.»

Pourquoi le syndic continue-t-il à se braquer? Il sait bien que budget est de compétence du Conseil communal. Et qu’il doit trouver une majorité pour le faire passer, et que la commission des finances de l’organe a besoin de toutes les informations utiles pour pouvoir faire au mieux son travail. La Municipalité doit maintenant ouvrir un vrai dialogue.

Jérôme Christen

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/4d4a31fa-65bf-11e3-88ae-59e0d36bce55#.Uq8kzfaNOYN

 

 

 

 

 

6 réflexions sur « Crise politique à Vevey: la Municipalité doit être plus transparente »

  1. L’approbation par 9 voix contre 4 du projet de budget par la Commission des finances tranche quand même singulièrement avec l’article du Temps et même avec le texte de Jérôme. Elle correspond à une appréciation plus nuancée de la situation financière et des mesures budgétaires.

    Le texte de Jérôme oscille d’ailleurs aussi entre reconnaissance que la situation n’est pas si catastrophique, et que l’objet du clash est surtout la transparence d’une part, et d’autre part des exigences peu réalistes comme «contenir ses charges de fonctionnement» et «faire des choix»: une commune doit garder un certain «socle incompressible» par-delà les oscillations économiques, et d’ailleurs les diverses mesures déjà prises l’ont déjà entamée à notre avis.

    La réaction de la Municipalité me semble confirmer la difficulté à naviguer que pointe l’article: elle semble préférer résister sur la transparence (au risque de ne pas contenter le «centre») et aggraver les mesures d’austérité (sans jamais parvenir à contenter la droite), plutôt que de jouer la transparence et garder son budget en l’état, quitte à ce que la Commission des finances et le Conseil proposent quelques nouveaux amendements. Je ne prévois pas un grand succès pour cette «tactique»

  2. C’est une politique parfaitement réaliste que de vouloir contenir les charges de fonctionnement d’une commune. C’est même la seule réaliste à long terme, car creuser l’endettement n’est pas une politique. Si Vevey n’est pas capable de le faire, à cause du manque de transparence des membres majoritaires de gauche à la Municipalité et de l’aveuglement de la droite (cf l’épisode mentionné par Jérôme), la commune va au devant de graves désillusions. Bilan dans trois ans….

  3. Ce n’est pas la transparence qui va donner les recettes (!) pour contenir les charges, sinon marginalement. Parmi les propositions du fameux expert, la Municipalité en a approuvé pour 1,2 million de diminution de charges et d’augmentation de recettes. Ce n’est pas rien, et quant à moi je dirai que c’est plus qu’assez. A la marge, on pourrait en choisir d’autres, en plus, mais aussi renoncer à d’autres, après examen attentif.

    Le «réalisme» de la municipalité consiste à atteindre l’objectif d’équilibrer les comptes pour la fin de la législature. La sommer d’aller plus vite ne va que déprimer plus le personnel, principale «variable d’ajustement», qui supporte le poids des diatribes des Yaka depuis maintenant plusieurs années.

    Je conçois bien qu’on puisse ajuster certains domaines de dépenses aux recettes, et remettre à plus tard, par exemple les entretiens de bâtiment, même si c’est dangereux quand ça dure trop longtemps, comme le souligne justement Jérôme. Mais dans d’autres domaines, la justification de prestations à la population peut difficilement varier en fonction des recettes: ce formulaire vous coûtera 20.– en période de vaches maigres et 5 en période de vaches grasses ? Les personnes actives dans des secteurs subventionnés n’auraient qu’à se mettre en hibernation pendant quelques années ?

    Enfin, si réellement, comme le prétend Ballif, les comptes 2013 se révèlent équilibrés, ce qui était décrié comme somptuaire au budget deviendra-t-il soudain justifié ?

  4. La commission des finances, épuisée par des échecs successifs de ses propositions, est arrivée à la conclusion qu’au vu de la configuration politique actuelle à la Municipalité et au Conseil communal, il était inutile de continuer à livre bataille. Pour ma part je le regrette et la majorité du Conseil communal a décidé qu’il devait se montrer lui plus insistant. C’est son droit le plus strict. Sinon, à quoi servirait le Conseil communal s’il ne peut pas avoir un avis différent?

    Je trouve en effet que la réalité de la situation veveysanne est moins grave que la description apocalyptique qu’a tendance à en faire la droite. Et qu’il est évident que la Municipalité n’a pas fait que du mauvais travail comme le laisse entendre cet article.

    Toutefois, je maintiens qu’hors dépenses liées à des engagements légaux, contractuels ou liés à des décisions politiques passées, les dépenses doivent être contenues, dans certains cas réduites. L’an dernier, la commission des finances avait proposé un peu plus d’un million d’économies. Pour l’essentiel, elles n’ont pas été retenues et je regrette que la commission des finances ne les ait pas réitérées dès lors que les majorités étaient très courtes, que les avis peuvent évoluer et que de mon point de vue, elles ne font pas partie du “socle incompressible” dont parle Alain Gonthier, dans la mesure où elles ne remettent pas en question des tâches essentielles et à la gestion du bien commun.

    La Municipalité jugera bon ce qu’elle doit faire pour faire passer son budget. Mais si elle choisit la guerre d’usure, alors nous mèneront bataille. Rien ne justifie le fait que nous changions de position si la Municipalité ne remet pas à la commission des finances un document qui pourrait permettre à cette dernière de trouver sur cette base de nouvelles pistes d’amélioration de l’efficience de l’activité communale. Cet exercice est un préalable à l’acceptation de l’entrée en matière sur le budget.

  5. La déprime du personnel n’est pas principalement due aux mesures d’austérité, mais à des méthodes managériales inadaptées, à une théorie appliquée sans réflexion. Dans son approche, la Municipalité manque de psychologie, n’associe pas le personnel communal aux décisions, ne communique pas avec ses collaborateurs. Je n’aurait jamais imaginé qu’une Municipalité de gauche puisse se comporter ainsi. Les mesures d’économie peuvent être comprises si on associe le personnel à la démarche et souvent cela permet aussi d’éviter de prendre des mesures inadaptées. Qui est mieux placé que les gens de terrain pour mesurer les conséquences d’une mesure? Après c’est à l’autorité de décider après avoir effectué une pesée d’intérêt. Mais au moins, la décision est prise en connaissance de cause et le personnel est reconnu.

  6. De ce que je sais, je pense que tu as largement raison sur la méthode.
    Mais la pression aux économies et la manière de les appliquer se cumulent. Et se cumulent aussi avec les diatribes méprisantes de certaine·s au Conseil.
    Tout ça fait beaucoup, et demander plus plus vite, même avec beaucoup de psychologie, va démobiliser le personnel.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *