11 décembre 2025

Anne-Francine Simonin: «La Suisse existe dans sa diversité et son acceptation de l’autre.»

Pour les célébrations du 1er août à Vevey,  Anne-Francine Simonin,  présidente du Conseil communal et les trois municipales de la Ville d’Images ont adressé leurs vœux à la population à travers des capsules vidéo.  Dans son discours, comme le veut l’usage,  la présidente a lu le pacte fédéral de 1291 agrémenté de quelques commentaires. L’occasion aussi de rappeler quelques valeurs de solidarité à l’origine de la création de la Confédération. La conseillère communale Vevey Libre, cette année première citoyenne de la ville est revenue sur la phrase de l’artiste Ben Vautier qui , il y a 30 ans, avait défrayé la chronique: “La Suisse n’existe pas dans une unicité, un État  unitaire tel qu’entendu par certains de nos voisins. La Suisse existe dans sa diversité, dans ses diversités mais aussi dans ce qu’elle met en place pour l’acceptation de l’autre, qu’il soit d’un autre quartier, d’une autre ville, d’un autre canton, d’un autre pays, d’une  autre culture. C’est en cela que la Suisse existe ! Voici son discours intégral ci-dessous et la video sur ce lien avec également les discours des trois municipales veveysannes.  https://www.youtube.com/watch?v=EbgMfAl_mDQ

Chères Veveysannes, chers Veveysans, cher.e.s hôtes de passage, au nom du Conseil communal de Vevey, permettez-moi de vous adresser quelques mots en ce dimanche 1er août 2021, jour de Fête nationale.

En 1991 Ben Vautier, artiste plasticien franco-suisse écrivait :

« La Suisse n’existe pas ! »

Quelle impertinence pour fêter le 700e anniversaire de la Confédération Helvétique mais quelle justesse aussi. En effet c’est la diversité amenée par les quatre coins de la Suisse qui en fait sa substance. Sans cette diversité, point de Suisse.

En 1291 sur la plaine du Grütli les vallées d’Uri, de Schwytz et d’Unterwald qui forment à elles 3, 1/15 de la superficie de la Suisse actuelle 1, scellent un Pacte à la fois de non-agression mais aussi de solidarité et d’union en cas d’attaque venue de l’extérieur. Je vous le lis maintenant.

Au nom du Seigneur, amen.

C’est accomplir une action honorable et profitable au bien public que de confirmer, selon les formes consacrées, les conventions ayant pour objet la sécurité et la paix.

Que chacun sache donc que, considérant la malice des temps et pour mieux défendre et maintenir dans leur intégrité leurs personnes et leurs biens, les hommes de la vallée d’Uri, la communauté de Schwytz et celle des hommes de la vallée inférieure d’Unterwald, se sont engagés, en toute bonne foi, de leur personne et de leurs biens, à s’assister mutuellement, s’aider, se conseiller, se rendre service de tout leur pouvoir et de tous leurs efforts, dans leurs vallées et au dehors, contre quiconque, nourrissant de mauvaises intentions à l’égard de leur personne ou de leurs biens, commettrait envers eux ou l’un d’entre eux un acte de violence, une vexation ou une injustice.

Chacune des communautés a promis à l’autre d’accourir à son aide en toute occasion, ainsi que de s’opposer aux attaques de gens malveillants et de tirer vengeance de leurs méfaits, prêtant effectivement serment, et confirmant par les présentes l’acte d’alliance autrefois juré cela sous réserve de l’obéissance et des prestations que chacun doit à son seigneur selon sa condition.

Après délibération en commun et en accord unanime, nous avons promis, statué et décidé de n’accueillir et de n’accepter en aucune façon dans les dites vallées un juge qui aurait acheté sa charge, à prix d’argent ou par quelque autre moyen, ou qui ne serait pas habitant de nos vallées ou membre de nos communautés.

Si une dissension surgit entre des Confédérés, ceux dont le conseil a le plus de poids doivent intervenir pour apaiser le différend selon le mode qui leur paraîtra efficace; et les autres Confédérés devront se tourner contre la partie qui rejetterait leur sentence. D’autre part, chacun doit obéissance à son juge, et, au cas où quelqu’un refuserait de se soumettre au jugement rendu.L’un des Confédérés subirait quelque dommage, du fait de cette résistance, tous les Confédérés seraient tenus de le contraindre à donner satisfaction. Surgisse une guerre ou un conflit entre quelques-uns des Confédérés, si l’une des parties se refuse à accepter pleinement le jugement ou l’arrangement, les Confédérés sont tenus de prendre fait et cause pour l’autre partie.

Les décisions ci-dessus consignées, prises dans l’intérêt et au profit de tous devront si Dieu le permet, durer à perpétuité; en témoignage de quoi le présent acte dressé à la requête des prénommés, a été validé par l’apposition des sceaux des trois susdites communautés et vallées.

Fait en l’an du Seigneur 1291 au début du mois d’août.

Que de modernité dans ce texte où il est question de solidarité, mais aussi, que de clairvoyance quand il s’agit de régler un conflit. Une chose tout de même me dérange : au début du texte il est écrit « les hommes » dans la version que je viens de vous lire. Dans la version italienne il est question de : « gli uomini » c’est-à-dire « les hommes ». Dans la version romanche on trouve : « ils umens » c’est-à-dire « les hommes », mais dans le texte en allemand, celui qui se rapproche le plus de la langue des Waldstätten, il est question de « Alle Leute » c’est-à-dire « toutes les personnes ». Me voilà rassurée !

Ceci n’est que le début de l’Histoire. En effet, jusqu’à la fin du XVIIIe siècle la Suisse se construit étape par étape d’abord 8 puis 13 cantons en 1513 avec pour la première fois des territoires de la Suisse romande actuelle.

Le Canton de Vaud, quant à lui, qui fut savoyard puis bernois, sous l’Ancien Régime, devient un nouveau canton en 1803.

Ce n’est qu’en 1815 que les contours de la Suisse ressemblent à ceux que nous connaissons aujourd’hui. Mais cette date est aussi celle du Congrès de Vienne et du Traité de Paris qui consacre l’« inviolabilité de la Suisse » et sa « neutralité perpétuelle ».

2 Après la guerre du Sonderbund, qui a duré trois semaines – comme un cours de répétition – La Suisse se dote de nouvelles institutions et d’une certaine uniformité sur tout le territoire (poste, monnaie, suppression des barrières douanières intérieures, organisation centralisée de l’armée). En effet c’est de 1848 que date la première Constitution fédérale. Berne en devient la Capitale.

C’est aussi en ce XIXe siècle qu’est constituée la Croix-Rouge par Henri Dunant qui au retour de la bataille de Solférino propose de créer une « société de secours » dont le drapeau n’est pas sans rappeler le nôtre.

La Suisse n’échappe pas à l’industrialisation dès les années 1840. Sans matières premières ni accès à la mer le pays se spécialise dans des domaines pointus : industrie chimique et alimentaire, transport et tourisme, machine, banque et assurance. Vers 1860 Henri Nestlé, réfugiés allemand, invente à Vevey, un produit à base de farine et de lait pour les mères qui ne peuvent pas allaiter.

Avec l’industrialisation, la Suisse noue des relations différentes avec les pays voisins. Elle devient une terre de refuge pour des opposants politiques étrangers et même si leurs pays d’origine font régulièrement pression sur la Confédération rien n’y fait, la Suisse reste terre de refuge et ceci jusqu’à aujourd’hui.

Si la Suisse s’enrichit à l’époque avec l’industrialisation ce sont surtout les patrons qui en profitent. Pour les ouvriers, c’est autre chose, les conditions sont difficiles et une journée compte jusqu’à 14h ou 15h de travail.

Il y a un autre revers à la médaille de la prospérité : Avec l’appui des autorités et pour se débarrasser des populations pauvres qu’il faut entretenir, des habitants d’un même canton quittent le pays en groupe pour s’installer outre-Atlantique à l’exemple de Vevay (qui s’écrit V E V A Y), fondée en 1803, dans l’Indiana aux Etats Unis.

Pour combattre ces injustices, la lutte s’organise et en 1877 le peuple suisse accepte la loi fédérale sur les fabriques en votation populaire :

Journée de 11 heures – Interdiction de travailler en dessous de 14 ans2

Ce XIXe siècle est à mes yeux le fondement de la Suisse actuelle. C’est la raison pour laquelle j’ai souhaité l’évoquer en quelques phrases en ce jour de Fête nationale.

Alors non la Suisse n’existe pas comme le disait Ben Vautier dans une unicité, un État unitaire tel qu’entendu par certains de nos voisins. La Suisse existe dans sa diversité, dans ses diversités mais aussi dans ce qu’elle met en place pour l’acceptation de l’autre, qu’il soit d’un autre quartier, d’une autre ville, d’un autre canton, d’un autre pays, d’une autre culture.

C’est en cela que la Suisse existe !

Ainsi dit à Vevey, le 1er août 2021

Anne-Francine Simonin

Présidente du Conseil communal

1 Superficie du canton de Uri 1077 km² superficie du canton de Schwytz 908 km² superficie du canton de Obwald 491 km² et de Nidwald 276 km²

2 Largement inspiré de « histoire suisse » G.Nappey/Mix&Remix

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