15 janvier 2021

Bataille homérique au Conseil communal de Vevey pour la vente de Vergers 10

Le sort du bâtiment Vergers 10 n’est toujours pas scellé. La bataille fut homérique hier soir au Conseil communal de Vevey et le résultat serré: 43 oui contre 42 non et 2 abstentions à bulletin secret. Il y aura un deuxième débat.

Vevey Libre, PDC, Alternatives et Verts ainsi qu’un bon tiers du groupe socialiste ont refusé de vendre un bâtiment à perte et proposé en attendant le maintien de son affectation à l’artisanat et à l’associatif, ce dont Vevey a grand besoin.

Mais en fin de compte les partisans de la conservation de ce bâtiment ont obtenu un deuxième débat afin d’éclaircir certains points demeurés obscurs et de pouvoir faire la lumière sur nombre de contradictions municipales. On peut espérer qu’une partie des socialistes qui l’ont accepté reviennent à la raison et renoncent à faire un cadeau à un promoteur.

Vevey a besoin d’artisans

Du coté de Vevey Libre, les feux ont été croisés contre ce projet avec pour commencer Stéphane Molliat qui s’est inquiété de la transformation progressive de Vevey en cité dortoir que la vente de ce bâtiment ne va pas arranger. M. Molliat estime que ce bâtiment devrait être conservé pour assurer la mixité de ce quartier qui toujours été l’écrin d’activités industrielles et artisanales.

Francis Baud a relevé la mauvaise opération financière qui consiste à vendre ce bâtiment à perte : acquis 3,5 millions et rénové pour 1,8 milllions, cela représente 5,3 millions contre les 4 millions que le promoteur Lorenzetti est d’accord de payer.

Une hérésie financière

La vente de cet immeuble n’agira pas sur la marge d’autofinancement puisque ce sera une écriture au bilan et non pas aux comptes de fonctionnement.

Le rendement locatif de ce bâtiment est de 150’000 francs. En cas de vente, l’effet sur les comptes serait minime, soit environ 40’000 francs par an auquel il faudra ajouter les frais d’entretien courant. Mais dans tous les cas, l’opération sera bénéficiaire.

La Municipalité avait laissé entendre que pour l’exploitation de ce bâtiment, il fallait encore investir 2 à 4 millions. Vevey Libre a pu faire la démonstration que cet argument était fallacieux puisque le chef de service de Service en charge de ce dossier, Claude Lehrian , a assuré qu’il était parfaitement utilisable sans y injecter encore la fourchette des montants précités qui n’ont pas d’autre but que de faire peur.

500’000 francs de plus, vraiment? !

Initialement, le prix de vente était fixé à 3,5 millions. La Municipalité affirme avoir renégocié et obtenu 500’000 francs de plus. En fait cette hausse est très relative : Lorenzetti avait annoncé comme Nestlé qu’il donnerait 500’000 francs à titre de participation à la réhabilitation des Halles qui doivent accueillir Le Cadratin et le Théâtre des Trois Quarts. Dans l’hypothèse où Vergers 10 serait vendu, ces 500’000 francs augmentent le prix de vente, mais supprime le coup de pouce aux Halles et met ce projet en mauvaise posture.

Jérôme Christen a lui insisté sur le peu de considération de la Municipalité pour la communauté portugaise qui occupe des locaux à cet endroit et joue un rôle social qui ne coût rien à la collectivité.

Portugais évincés

Nous n’avons déjà que peu de moyens pour maintenir un tissu artisanal à Vevey et la Municipalité nous propose là de lâcher les opportunités qui sont à notre et qui nous coûtent rien. Le promoteur a déjà fait fuir de nombreuses entreprises. Il serait dommageable que la ville fasse de même !

On notera encore que pour permettre la démolition rapide de ces bâtiments après leur vente, la commune a offert à une entreprise installée dans ce bâtiment un cautionnement solidaire de 150’000 francs pour qu’elle puisse s’installer dans d’autres locaux à Saint-Légier. La démarche est pour le moins étonnante, comme le sont d’ailleurs plusieurs aspects de ce dossier et l’insistance de la Municipalité à vouloir à tout prix se défaire de cette immeuble.

Ne perdons pas la boule!

En conclusion, les finances de Vevey ne sont pas au beau-fixe, même si la situation s’est quelque peu améliorée. Mais est-ce une raison pour brader le patrimoine communal? Que l’on soit pour ou contre la vente, dans tous les cas, il ne faut pas vendre immédiatement Vergers 10 à ce promoteur et perdre près deux millions dans l’opération !

Ne perdons pas la boule juste pour qu’il soit dit que nous avons réussi à faire abaisser la dette de 4 millions. Car cette vente, c’est comme une goutte d’eau sur une plaque chaude: ça fait pschttt et c’est fini…

Il faudrait à tout le moins attendre d’avoir encaissé suffisamment de loyers permettant d’amortir les 1,8 million de travaux effectués avant de le vendre.

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