Les finances veveysannes tournent au rouge vif. Les craintes évoquées par Vevey Libre l’an dernier se sont révélées exactes. Nous avions averti qu’il n’était pas raisonnable d’augmenter les dépenses pérennes en comptant sur des recettes fiscales aléatoires des entreprises pour les financer. La Municipalité s’est même permise de présenter un budget avec une marge d’autofinancement négative de 250’000 francs, finalement ramenée, sous la pression, du PLR, l’UDC, du Centre et de Vevey Libre à un excédent présumé d’environ 150’000 francs. C’est donc du bout des lèvres que nous avons accepté ce budget, comme une majorité du Conseil communal, après avoir entendu les engagements formels de la Municipalité d’entamer un travail d’analyse approfondi pour remonter la pente.
Lors du débat, Vevey Libre, par la voix de son co-président de groupe Jérôme Christen a commencé par rendre à la commission des finances ce qui lui revient : « une fois encore, elle a dû rappeler à la Municipalité une vérité élémentaire que certains aimeraient enterrer sous des couches de présentation powerpoint optimistes: les caisses publiques ne sont pas un puits artésien. L’an dernier, il s’agissait de sauver les vestiges d’une marge d’autofinancement. Cette année, on en est réduit à célébrer… le zéro. Le vide. La marge d’autofinancement version lac Léman en sécheresse : on voit les cailloux, mais plus l’eau.
Des finances près du gouffre
Nous voilà donc à «approuver» — ou plutôt à tolérer — un budget dont la seule qualité est de ne pas nous catapulter immédiatement dans le gouffre, en attendant des autorités renouvelées, dont on espère qu’elles lanceront un véritable processus de redressement.
La Municipalité, il faut l’admettre, a osé. Elle a osé présenter un budget avec une marge d’autofinancement négative, ce qui revient à dire qu’elle est prête à emprunter pour tout : pour les investissements utiles, probablement bientôt pour les inutiles, et même — prouesse technique qui force l’admiration — pour financer les charges de fonctionnement. En trente ans sur ces travées, je n’ai pas vu acrobatie aussi périlleuse. Pourtant, de nos jours, même les funambules ont un filet.
Certes, nous dit-on, par rapport au budget 2025, les charges n’ont augmenté que de 0,26 %. Ce que l’on oublie d’ajouter, c’est qu’entre 2022 et 2024, les dépenses réelles ont grimpé de 7,5 millions. Une somme qui aurait constitué aujourd’hui une appréciable marge d’autofinancement.
Choisir entre l’essentiel et l’agréable
Le groupe Vevey Libre n’a cessé d’avertir : il fallait faire un choix dans les investissements, contenir les dépenses courantes. Choisir entre l’essentiel et l’agréable. Nous avons dit et répété que nous ne pouvions pas compter sur la pérennisation de certaines recettes aléatoires en particulier en lien avec l’imposition des entreprises.
Recettes optimistes comme un horoscope
Lorsque nous mettions en garde contre des prévisions de recettes aléatoires aussi optimistes qu’un horoscope, nombre d’entre vous ne nous ont pas pris au sérieux. Et pourtant, nous y sommes. La chute des recettes fiscales sur le bénéfice et le capital des personnes morales est estimée à 7 millions de francs ce qui conduit la Municipalité à présenter un budget qui ressemble davantage à une illusion comptable, prête à se fracasser à la moindre réalité concrète.
Mirages comptables
Dans sa communication, la Municipalité pointe la conjoncture. Mais c’est elle qui a bâti son budget sur des recettes «conjoncturelles », espérées mais imprévisibles. Lorsqu’on enlève ces mirages comptables, il reste un problème structurel, dont la Municipalité est responsable. Le Conseil communal dans une moindre mesure : il ne tient pas la barre et n’a pas toutes les rames.
La Municipalité n’est toutefois pas seule en scène. L’État de Vaud et la Confédération, par leur politique d’austérité déguisée et leurs cadeaux fiscaux d’un autre âge, refilent leurs charges aux communes avec le sans-gêne d’un prestidigitateur fatigué.
Clientélisme de gauche comme de droite
Et puisque la transparence n’a jamais tué personne, disons-le : cela relève de la responsabilité de la majorité de droite dans les gouvernements et parlements cantonaux et fédéraux. La preuve que le clientélisme prospère aussi bien à droite qu’à gauche. La seule différence, est le choix du public auquel on distribue les faveurs.»
Image: Ville de Vevey Nattanan Kanchanaprat de Pixabay

