Discours du municipal sortant au corps enseignant

Mesdames et Messieurs, chers enseignants,

Cette soirée est destinée à vous remercier pour le travail accompli et à vous encourager à continuer à exercer votre métier avec la conviction et la passion qui vous anime. Quoi de mieux que l’humour pour mieux appréhender ce métier difficile, mais au combien noble et passionnant !

La grande satisfaction de cette année scolaire est indéniablement l’adoption par le Grand Conseil de la nouvelle Loi sur l’enseignement obligatoire. On pouvait craindre le pire l’automne dernier, compte tenu de l’écart qui séparait les partisans de l’initiative Ecole 2010 et le projet de la Conseillère d’Etat Anne-Catherine Lyon.

LEO 3, soit le projet issu des travaux du Grand Conseil, n’est peut-être pas parfait, mais la commission parlementaire a le mérite d’avoir réussi le tour de force de trouver, certes le plus petit dénominateur commun, mais une solution cohérente et qui constitue aux yeux d’une très large majorité du parlement un réel progrès.

Reste à espérer qu’elle passera la rampe de la votation populaire et damera le pion à l’initiative Ecole 2010 ou plutôt 1910 tant cette vision de l’école appartient au passé.

Il n’en demeure pas moins que quel que soit le système scolaire proposé, c’est le travail sur le terrain qui fait la qualité d’une école. Et à ce titre, nous n’insisterons jamais assez sur les moyens matériels à mettre à disposition du département Jeunesse et formation pour prodiguer un enseignement de qualité.

En faisant quelques recherches sur internet pour me documenter en vue du débat sur la LEO, je suis tombé sur quelques réflexions que j’aimerais ici partager avec vous.

Ivan Illich, penseur et enseignant, a plusieurs fois relevé, dans ses écrits, l’étrange différence entre les buts avoués de l’éducation et ses résultats. On prétend réduire les inégalités sociales, mais dans les faits on contribue à les accentuer en concentrant les privilèges dans les mains de ceux qui ont des bagages suffisants.

Il est nécessaire d’avoir cela à l’esprit afin de ne pas larguer des élèves au bord de la route.

Dans son ouvrage « Une société sans école », il explique qu’un système éducatif  devrait se fixer trois objectifs :

A tous ceux qui veulent apprendre, il faut donner accès aux ressources existantes, à n’importe quelle époque de leur existence.

Il faut ensuite que ceux qui désirent partager leurs connaissances puissent rencontrer toute autre personne qui désire les acquérir.

Enfin, il s’agit de permettre aux porteurs d’idées nouvelles, à ceux qui veulent affronter l’opinion publique, de se faire entendre.

Pour Illich, l’école est une agence de publicité qui nous fait croire que nous avons besoin de la société telle qu’elle est et pas telle qu’on voudrait qu’elle soit.

Le pédagogue et chercheur en sciences de l’éducation Bernard Charlot relève que tout le monde est d’accord avec le fait qu’il faut épanouir l’enfant, le socialiser, former son esprit critique et développer toutes ses facultés. Il estime que cette unanimité n’est possible que parce que ces buts sont tout à faits ambigus :

On parle de l’épanouissement de l’enfant comme si son bonheur ne dépendait pas de ses conditions sociales réelles d’existence.

On veut le socialiser, mais on ne précise pas dans quel type de société on veut l’intégrer. On prétend former son esprit critique, mais sans indiquer dans quels domaines doit s’exercer cette critique.

Tant que l’on s’en tiendra à des finalités éducatives aussi générales, il sera impossible de déterminer des objectifs pédagogiques ayant une quelconque valeur opératoire conclut Charlot.

Pour terminer sur une note d’humour, je ne résiste pas à l’envie d’évoquer quelques perles trouvées sur des carnets d’élèves en France.

A les prétentions d’un cheval de course et les résultats d’un âne.”

“A touché le fond mais creuse encore …”

“En forme pour les vacances.”

“En nette progression vers le zéro absolu!””Fait des efforts désespérés…pour se rapprocher de la fenêtre.””Participe beaucoup… à la bonne ambiance de la classe.”Un vrai touriste aurait au moins pris des photos.”
Pour terminer, j’aimerais remercier toute l’équipe du service de l’Education placé sous la houlette d’Alexandre Bays pour tout le travail accompli. Merci également aux directeurs MM. Patrick Gavillet et Serge Overney avec qui nous avons une excellente collaboration. Je me plais à relever leur engagement quotidien pour le bon fonctionnement de nos écoles. Nous avons de la chance d’avoir deux directeurs aussi engagés.

Et enfin merci à vous toutes et tous pour l’enseignement prodigué aux petits et grands élèves veveysans.

Je vous remercie de votre attention et vous souhaite de belles vacances !

Jéeôme Christen

 

2 réflexions sur « Discours du municipal sortant au corps enseignant »

  1. Dans son allocution de fin d’année aux maîtres d’école, M. Jérôme Christen a affirmé sa préférence pour LEO 3 contre l’initiative Ecole 2010. Cette position glissée d’autorité comme une évidence était inappropriée face à des subordonnés peut-être en désaccord, mais tenus au silence dans ce contexte de cérémonie. Une plus grande neutralité aurait été .de mise. Cette fois, ce sont les électeurs qui ont dégagé M. Christen politiquement. Dommage, car malgré cet écart, M.Christen avait certainement dans sa fonction le bien commun comme objectif sincère.

  2. Je fais de la politique, c’est non seulement ma passion, mais mon métier. Comme municipal des écoles, je me suis senti légitimé à exprimer au corps enseignant ce que l’autorité politique souhaite en matière de système scolaire. Comme ces cinq dernières années d’ailleurs, j’ai chaque fois exprimé un message politique aux enseignants. II ne s’agit pas d’un débat, Et je ne suis pas neutre, car je n’ai pas un rôle d’arbitrage.

    J’étais d’autant plus légitimé à le faire que j’exerce aussi la fonction de député et que le Grand Conseil, après de longues discussions en commission et un débat fourni en plénum est arrivé à un consensus capable de satisfaire chacun, grâce notamment à l’esprit constructif du Vert Libéral Jacques-André Haury qui appartient au même groupe poltique que moi, l’Alliance du Centre. M. Haury – qui était un partisan de l’initiative Ecole 2010 – à fait avancer la LEO dans le sens souhaité par les initiants. Ceux-ci, jusqu’au-boutistes ont maintenu leur texte. Et quelques formations politiques le soutiennent afin de se démarquer en vue des élections cantonales.

    En tant que père de deux enfants en âge de scolarité, je regrette que l’on instrumentalise l’école à des fins partisanes, voire idéologiques.

    Merci tout de même de reconnaître que le bien commun est mon objectif sincère, comme il l’est d’ailleurs pour mes collègues municipaux et la plupart de mes collègues députés.

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