18 avril 2026

Message du municipal de l’éducation au corps enseignant veveysan

Discours prononcé lors des promotions le 3 juillet 2008

Cette soirée de réception du corps enseignant est surtout l’occasion pour les autorités veveysannes de vous remercier pour tout le travail que vous effectuez pour instruire les jeunes veveysans et veveysannes. S’il est un métier où la passion doit l’emporter sur les frustrations, c’est bien celui d’enseignant. Il faut avoir une furieuse envie de transmettre des connaissances, d’éveiller l’esprit de curiosité et tout cela dans une relation de plaisir mutuel. Je suis convaincu que l’on ne retient pas grand-chose dans la contrainte et toute la difficulté de l’exercice consiste à intéresser les élèves à vouloir découvrir, comprendre, apprendre, pour mieux appréhender le monde toujours plus complexe dans lequel nous vivons. Même si le défenseur de la langue française que je m’efforce d’être est souvent frustré en voyant que notre langue est de plus en plus maltraitée, je ne pense pas que de manière générale le niveau baisse, simplement les centres d’intérêts sont ailleurs et si certaines connaissances échappent à ceux qui sortent de scolarité aujourd’hui, il faut bien se rendre qu’à l’inverse, il y a aussi une nouvelle matière qu’ils maîtrisent et dont nous avions pas idée à l’époque, notamment dans le domaine des nouvelles technologies et de la communication.

Mais cela ne doit pas nous faire perdre de vue que chaque jour, par bêtise, snobisme et imitation servile, notre langue est bafouée et mise en péril par le sabir anglo-américain. Mes collègues municipaux présents me pardonneront de ressasser un discours que je leur sers régulièrement, mais il faut parfois taper longtemps sur le clou pour que celui-ci finissent par rentrer et, en tant qu’enseignants, vous pouvez jouer un rôle déterminant afin de limiter cette dérive.

J’aimerais donc ici lancer un appel à vous tous et toutes pour vous encourager à faire partie de ceux qui résistent à l’instar d’Hélène Carrère d’Encausse, secrétaire de l’académie française qui disait il y a quelques années.

“La langue est par définition le moyen dont les hommes disposent pour communiquer, reconnaître le monde où ils vivent, en désigner les choses et les idées. Dès lors qu’elle ne remplit plus cette fonction, faut-il s’étonner aussi que ceux qui l’utilisent, l’aménagent à leur gré, la truffent de mots, de néologismes, voire de simples interjections de leur cru ou empruntés à d’autres langues et tout naturellement à l’anglais? Faut-il s’étonner que des adolescents peu gâtés par l’existence, incapables d’exprimer leur pensée par les mots appropriés, qu’ils ignorent ou qui ont disparu du vocabulaire, recourent pour se faire comprendre à la violence? Les coups ne sont-ils pas en l’absence du mot juste, fort utiles pour traduire des sentiments de haine ou de frustration?”

Et cette évolution prend une tournure encore plus préoccupante lorsqu’on lit les propos de l’un des héros de Orwell qui déclare:

Nous détruisons chaque jour des mots, des vingtaines de mots, des centaines de mots. Nous taillons la langue jusqu’à l’os… Naturellement c’est dans les verbes et dans les adjectifs qu’il y a le plus de déchets, mais il y a aussi des centaines de noms dont on peut se débarrasser. Ne voyez-vous pas que le véritable but de la novlangue est de restreindre les limites de la pensée? … Chaque année il y aura de moins en moins de mots et le champ de la conscience sera de plus en plus réduit.”

Notre langue est réputée pour sa clarté, pour la précision de son vocabulaire, pour la richesse de ses verbes et pour la force de sa syntaxe. Avant qu’il ne soit trop tard, freinons donc l’invasion anarchique des mots étrangers, en se rappelant que la diversité linguistique est la condition de la diversité culturelle et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Cette soirée est aussi l’occasion pour votre serviteur de passer en revue quelques événements qui ont marqué l’école vaudoise au cours de l’année écoulée et de les commenter avec un peu de recul. L’école est un chantier permanent et s’il me semble nécessaire de ne pas chambouler régulièrement notre système scolaire, elle doit tout de même évoluer au fil de l’évolution de notre société et des réflexions issues des milieux pédagogiques et politiques.

La rentrée scolaire était à peine entamée que le Grand Conseil débattait de deux testaments politiques laissés par des enseignants de couleur radicale. Entre le tronc commun proposé par Alain Gilliéron et le passage de trois à deux voies préconisé par Marcel Yersin, les députés ont tranché pour la double voie académique et professionnelle permettant de liquider la VSO. Le débat se poursuivra avec l’initiative intitulée Ecole 2010 : sauver l’école. Il s’agit de mon point de vue d’un combat d’arrière-garde. Le Grand Conseil a clairement exprimé sa volonté de passer de trois à deux filières et si une votation populaire n’est mais gagnée d’avance, je suis convaincu que les Vaudois sont bien conscients que le maintien de la VSO n’est plus tenable.

Cette année scolaire aura encore été marquée au printemps par le débat lancé par le député Jacques-André Haury autour d’une motion intitulée “une compétence légale, pour les directions d’établissements scolaires, de détecter les consommateurs de cannabis”. Curieux de la part d’un élu qui martèle plusieurs années que la mission de l’école devrait se limiter exclusivement à la transmission des savoirs. Si, pour le bon fonctionnement d’un établissement scolaire, les enseignants sont malheureusement contraints de faire également l’éducation de certains élèves, faut-il en plus leur confier un rôle d’inspecteur de la brigade ses stups? Il n’est – à mon avis – pas souhaitable de faire d’un instrument pédagogique un instrument de répression, de casser une relation de confiance entre un enseignant et un élève et encore déresponsabiliser les parents face aux tâches éducatives qui leur incombent. Même si le Grand Conseil a suivi la profession de foi du “bon Dr Haury”, j’ai le sentiment que les réactions qui s’en sont suivies émanent notamment des milieux de la prévention ont fait prendre conscience à de nombreux députés – séduits de prime abord par cette proposition – qu’ils n’avaient pas bien mesuré la portée de leur acte et je suis convaincu que cette proposition finira au classeur vertical.

En mars, le DFJ subissait un assaut de la députée libérale Claudine Wyssa visant à offrir plus de choix dans la liberté de l’école. Cette intervention était pourtant inspirée d’un cas édifiant: une famille domiciliée à Cudrefin souhait pouvoir scolariser leur fille à Ins à 9 km de leur domicile afin que celle-ci puisse profiter d’une immersion linguistique qui favoriser son apprentissage de l’allemand. Même si l’expérience de leur fille en jardin d’enfants à Ins s’est révélée concluante et si les parents étaient prêts à payer la totalité de l’écolage à l’école bernoise, le DFJC s’est montré inflexible: la loi vaudoise ne connaît pas le libre choix de l’école. Seuls sont possibles des échanges linguistiques en fin de scolarité. A force de rigidité, l’attitude du DFJC pourrait avoir un effet boomerang.

Ce qui permet de faire le lien avec un débat d’importance qui ne manquera pas de surgir lors de l’année scolaire 2008-2009. Celui du bon scolaire avec la perspective du lancement d’une initiative populaire cantonale par le Lobbyparents Suisse. Le contenu du texte n’est pas encore connu. Si celle-ci se calque sur l’initiative bâloise “Oui à la diversité de l’instruction pour tous”, celle-ci n’aura guère de chance d’aboutir, mais si cette initiative se limite à vouloir octroyer un bon scolaire exclusivement pour des familles à revenu modeste le débat sera passionnant. Car rien ne justifie le fait que les écoles privées soient un privilège réservé à ceux qui en ont les moyens. Aujourd’hui, seuls 5% des enfants peuvent y accéder grâce à la situation aisée de leurs parents.

Je suis convaincu que l’école publique est performante et concurrentielle. Par conséquent, le risque de voir quantité d’élèves la déserter n’est pas objectif, comme le démontrent les expériences réalisées dans des pays scandinaves qui se retrouvent par ailleurs en tête d’études internationales comme PISA. Ce qui par contre est certain, c’est qu’il est matériellement impossible de créer une école publique adaptée à chacun. Une plus grande ouverture aux écoles privées me paraît donc nécessaire.

Au printemps a été discuté le projet d’Harmonisation scolaire qui constitue un pas dans la bonne direction pour au moins cinq raisons:

  • Les domaines de formation seront établis au niveau suisse et déclinés selon un plan d’étude commun à la Suisse romande.
  • La création future d’horaires blocs
  • La mise en place d’épreuves romandes
  • Des ressources didactiques et
  • des moyens d’enseignement choisis au niveau romand

Ces mesures correspondent toutes d’offrir un cadre clair à tous les enseignants, de faciliter les transferts, de pouvoir faire des comparaisons crédibles et en fin de compte de manière générale, d’améliorer la qualité de l’enseignement et par là de favoriser l’égalité des chances.

Pour conclure, j’aimerais souligner les efforts qui ont été engagés par la Municipalité pour améliorer les infrastructures scolaires. L’engagement notamment d’un employé auxiliaire à la direction de l’éducation a permis d’effectuer de nombreux petits travaux d’entretien et de sécurisation des bâtiments scolaires, ce qui constitue une amélioration notoire de votre outil de travail. Des bancs vestiaires réclamés de longue date – ont été installés au collège de la Veveyse.

La Municipalité et le Conseil communal ont également approuvé des crédits qui permettront cet été de renouveler les installations de jeu de l’école à la montagne La Cheneau. Au collège des Crosets, il sera procédé notamment au désamiantage des plafonds, au renouvellement des luminaires, à l’installation d’un réseau informatique câblé, à la sécurisation des fenêtres basculantes et à un rafraîchissement général. La salle de gym du collègue du Clos sera enfin rénovée. A la Veveyse, six classes seront remises à neuf, les douches seront remises au goût du jour et des rideaux remplacés.

Pour terminer, j’aimerais remercier tout le travail accompli par le service de l’Education qui suscite peu de souci au municipal et remercier également son chef de service M. Bays, ainsi que les directeurs M. Gavillet et Overney grâce à qui nous avons pu rapidement établir le règlement du Conseil d’établissement, démarche qui aboutira à la rentrée scolaire à sa mise sur pied fort attendue. Vevey sera ainsi une des premières communes du canton à en être doté.

Je vous remercie de votre attention et vous souhaite de belles vacances.

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