Vevey Est: que la fête soit belle!

Discours prononcé à l’occasion de la Fête du quartier Vevey Est le 2 juin 2007.

Ce n’est pas sans un peu d’émotion que je m’exprime à l’occasion de cette première Fête de Vevey-Est. Emotion, car j’ai découvert ce quartier en 1990 au travers du Quartier de la Valsainte. Il a suffi que je mette un pied dans la cour intérieure de la rue du Collège pour tomber aussitôt sous le charme de ce quartier, avec ces petites maisons alignées et décaties, un quartier que l’on appelle volontiers la petite Italie. Ce n’est d’ailleurs certainement pas un hasard si sa rue principale est la rue d’Italie.

C’est le quartier latin de Vevey, un quartier qui a une âme où l’on a parfois l’impression que le temps s’est arrêté. Comme ailleurs, plusieurs métiers ont disparu, au fil du temps, mais à l’Est, on trouve encore un ferrailleur, un pêcheur, des épiciers, et il y a pas si longtemps une tapissière. Mais derrière ces maisons hors du temps, il y a également des métiers du 21ème siècle, un joueur de billard, un lobbyste et des informaticiens. C’est dire toute la richesse de ce quartier qui a encore l’âme du début du siècle passé et a su séduire ceux qui vivent de la modernité.

Malgré cela, vous le savez, ce quartier traverse une période difficile. Certaines échoppes ont fermé, des locaux sont encore inoccupés. Mais n’exagérons rien, le temps des archéologues n’est pas encore arrivé. On trouve encore partout des traces d’humanité, des traces de sociabilité, des signes que ce quartier n’a pas perdu son cœur, car l’espace de travail n’a pas encore été dissocié de l’espace de vie. Les territoires de sommeil n’ont pas encore complètement pris le dessus. Il est encore possible de se rencontrer au Café de la Valsainte, au Bout du Monde, au Café du Port ou au Rustica pour ne citer que les principaux bistros de quartier. Même si quelques lieux de vie ont été dénaturés, ici, le présent est encore la continuité de quelque chose.

Mais attention, si aujourd’hui vous regrettez une lente agonie, peut-être que demain vous serez confrontés à un développement frénétique et cannibale provoqué par la tendance du marché. Il faudra alors faire preuve de sagesse.

Vous devez continuer à vous battre pour pouvoir continuer de rire avec votre boulanger, refaire le monde avec votre épicier ou peut-être bientôt vous réjouir de vous mettre en appétit chez votre boucher ou votre poissonnier bientôt sis à la place de l’ex-EPA, pour autant que la raison finisse par l’emporter sur l’égoïsme.

Alors qu’ailleurs des espaces ont été rationnalisés et réduits à une activité dominante de pure rentabilité, vous avez la chance de vivre encore au milieu d’un vivier humain. Dans d’autres quartiers, en particulier à l’ouest, il n’y a pas de résistance organisée par des associations de quartier.

Vous pouvez vous inspirer du premier acte de résistance qui a été l’apanage de l’Association du Quartier de la Valsainte et de sa cour magique qui a enchanté de milliers de personnes depuis le début des années nonante, mais n’a malheureusement jamais réussi à essaimer au-delà ce ces murs. Il aura fallu la disparition de quelques commerces pour susciter un nouvel élan au travers de l’Association Vevey-Est.

Le défi n’était pas facile à relever, vous l’avez fait envers et contre tout, malgré les grincheux, les pisse-froid, les docteurs yaka et ifaukon.

Merci, au nom de la Municipalité de Vevey, qui ne peut que vous donner un coup de pouce afin de vous permettre de faire vivre un quartier, mais ne peut pas se substituer aux acteurs que vous êtes.

Les organisateurs de cette fête donnent la preuve que la vie d’un quartier ne se résume pas à des places de parc et à un distributeur de billets de banques, même si la Municipalité a des projets en ce sens pour donner un coup de pouce aux commerces.

Merci encore aux chalands du Pays d’Enhaut, qui, sept mois après la route du Fromage, nous démontrent que les liens qui nous unissent avec les Damounais venus en nombre ne se limitent pas à une liaison ferroviaire ou à quelques dizaine de mètres de frontière symbolique.

Et que la fête soit belle!